"Ruth" de César Franck

RuthAvril 2013 : sortie commerciale du premier enregistrement mondial de l'oratorio RUTH de César Franck, enregistré en septembre 2012 au grand amphithéâtre du campus d'Orsay avec Caroline Casadesus et Brigitte Antonelli (sopranos), Roula Safar (alto), Pierre Vaello (ténor) et Jean-Louis Serre (baryton), les chœurs du campus d'Orsay, Amadeus, A Contretemps, Darius Milhaud et de Château-Thierry, et l'orchestre symphonique du campus d'Orsay sous la direction de Martin Barral. Le CD avec un livret complet est disponible entre autres à la FNAC (disque Solstice réf. SOCD 294).

L'avis des critiques.

La lettre du musicien (juin 2013)
« Un oratorio biblique de César Franck.
Le compositeur d’origine liégeoise est âgé de 21 ans quand il entreprend la composition de Ruth, sur un texte d’Alexandre Guillemin d’après le Livre de Ruth (Ancien testament). L’œuvre est créée en 1846 avec un succès d’estime, avant de s’imposer dans une version révisée en 1871. Pour ce premier enregistrement, Martin Barral en donne une belle lecture à la tête des Chœurs et de l’Orchestre Symphonique d’Orsay, emmenant des solistes parmi lesquels se distinguent la soprano Caroline Casadesus ou le baryton Jean-Louis Serre (Solstice). »

La Nef (Juin-juillet 2013)
« C’est à la fois naïf et pompier, simpliste et sentimental, le texte est désuet, et pourtant... Pourtant c'est avec un grand plaisir que l'on découvre cet oratorio inconnu de César Franck. D'un César Franck de 21 ans, qui n'a quasiment rien à voir avec celui que l'on connaît (et dont les chefs-d'œuvre datent en outre de ses dernières années). D'autant plus de plaisir, sans doute, en ce temps, que Ruth chante la famille, les vertus familiales, la fidélité, l'honneur, la tradition... Et le fait d'une façon - allons, n'ayons pas honte de le dire - vraiment émouvante. (…)
Les solistes, peu connus, et les chœurs et orchestre symphonique du campus d'Orsay, sous la direction de Martin Barral, sont tout à fait remarquables, et méritent, comme l'œuvre, les applaudissements enthousiastes qu'on entend à la fin de cet enregistrement pris sur le vif.
Bravo aux Disques Fy et du Solstice pour cette belle première discographique. »

Diapason (été 2013) : noté 3 diapasons (sur cinq)
« (…) Avec des solistes, cinq chœurs et un orchestre tous composés d’amateurs, il est impossible de juger un tel enregistrement – de plus réalisé en public – à l’aune des critères que nous appliquerions à des professionnels. Mieux vaut féliciter la mobilité de la direction, la générosité de l’entreprise, l’initiative de l’éditeur. »

International record review (July – August 2013)
« It is many years since I came across a release by the French firm Disques Fry et du Solstice, but here is one which brings the first recording of Franck's oratorio Ruth, based on the story in the Old Testament. Franck was only 21 when he began work on Ruth, which received its initial presentation in 1846. (…)
It has been served well enough by the soloists (…) and the massed chorus. Martin Barral's Orchestre Svmphonique du Campus d'Orsay (of the Universite Paris Sud) has much colourful music to play. I do not know how often Ruth has been aired in the last few years but I think it deserves to be better known. Shall we ever have CDs of Tolhurst's version? »

Site web ResMusica (31 mars 2014)
« ....
L’interprétation donne une bonne idée de l’œuvre, malgré une qualité variable, plus élevée chez les ensembles que chez chez les solistes, pourtant des professionnels. Enfin, on signale, pour compléter cette louable entreprise, que l’Orchestre met à disposition sur son site le matériel réalisé pour l’occasion. »

L'histoire de Ruth
Le livre de Ruth est un texte de la Bible probablement écrit au 6e siècle avant J.C. Il raconte une histoire que l’on peut résumer ainsi :
Vers l'an 1200 avant J.C., en raison d’une famine, une famille de Bethléem décide de s'expatrier dans le pays de Moab, situé sur la rive est de la mer Morte (donc dans la Jordanie actuelle), où la situation économique est supposée meilleure. Cette famille est composée de quatre personnes: le père, Élimélech, la mère, Noémi et leurs deux fils Mahalon et Chélion. Arrivés au pays de Moab, des malheurs vont les frapper : d'abord le père meurt, puis les deux fils, qui ont épousé chacun une fille du pays, décèdent à leur tour. La mère reste ainsi seule, avec ses deux belles-filles moabites Ruth et Orpha. Elle décide de retourner en Israël. Orpha choisit de rester en Moab dans sa famille, mais Ruth, très attachée à sa belle-mère, décide de la suivre en Israël. Arrivées à Bethléem, Noémi et Ruth sont sans ressources. C’est la saison des moissons, et, pour se nourrir, Ruth va glaner l’orge dans un champ après le passage des moissonneurs. Noémi lui apprend alors que le champ appartient à Booz, un parent d’Élimélech. Or, selon la loi de l’époque, une jeune femme veuve sans enfants devait se remarier avec le plus proche parent de son défunt mari, qui devait aussi racheter son héritage. Le plus proche parent est un certain Phal, mais Booz est beaucoup plus riche. Noémi jette son dévolu sur lui et pousse Ruth à le séduire en se glissant discrètement dans son lit pendant la nuit. Le lendemain, Booz obtient de son cousin Phal de renoncer à son droit de rachat et épouse Ruth, dont il aura un fils, Obed, qui sera le grand-père du roi David.

Une source d’inspiration pour de nombreux artistes.
rembrandtEn 1859, Victor Hugo tire de cette histoire un poème, Booz endormi, publié dans le recueil intitulé La légende des siècles. Dans ce poème centré autour de la fameuse nuit où Ruth se glisse auprès de Booz dans son sommeil, Victor Hugo évoque une scène plus proche du texte hébreu et plus explicite que les traductions bibliques du 19e siècle, dont voici un extrait :
...
Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.
Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

...
Le Livre de Ruth a également inspiré de nombreux artistes peintres ou dessinateurs, dont Rembrandt (tableau ci-dessus "Ruth et Booz" peint autour de 1635), Fragonard, Poussin, Gustave Doré, Millet, Chagall etc., ainsi qu’un compositeur italien qui a écrit une cantate « Naomi and Ruth » en 1949 et un compositeur américain qui en a fait un opéra en 2009.

L'œuvre de César Franck
ruth Franck fut un musicien étonnamment talentueux, qui dès l'âge de quinze ans époustoufla les professeurs du Conservatoire de Paris en transposant à vue, au piano, une fugue à quatre voix. Son père, qui était sans emploi, voulut "vendre" son fils comme enfant prodige, le retira du conservatoire et lui fit faire des tournées de concerts avec un répertoire de pots-pourris d'opéras et de brillants morceaux de virtuosité. Le succès commercial se faisant attendre, il entreprit de préparer le jeune homme à une carrière de compositeur.

A cette fin, il se procura un livret sur l'histoire biblique de Ruth et de Noémi, rédigé par Alexandre Guillemin (1789-1872), avocat à la cour de cassation et au Conseil d’Etat, historien et poète à ses heures, dont l’œuvre la plus connue de son vivant était une histoire de Jeanne d’Arc en vers. Guillemin a tiré de ce récit un poème publié en 1842 dont la forme en sept partie avec dialogues tient plus du livret d’opéra que de la poésie. César Franck a laissé de côté quelques parties du poème, notamment la scène des conseils de Noémi à Ruth et la scène de la cession des droits de Phal à Booz, qui est simplement rapportée par le témoignage d'un israëlite.

A cette époque, le compositeur débutant avait déjà provoqué quelque émoi dans les cercles musicaux parisiens avec son Trio avec piano op. 7, exemple précoce du potentiel du retour cyclique d'un thème, qui impressionna durablement Franz Liszt. En 1843, Franck commença à mettre en musique le texte de l'oratorio, mais une grave maladie l'empêcha de terminer la partition. La première version ne fut achevée que le 9 septembre 1845 ; la création, dans une version pour piano, eut lieu le 30 octobre à la Salle Erard, à Paris. Peu après, le 4 janvier 1846, la nouvelle œuvre fut jouée dans la salle de concert du Conservatoire, par un orchestre aimablement mis à disposition par Liszt. Pourtant, l'écho que la critique réserva à Ruth fut plutôt mitigé, et l'on taxa l'œuvre de naïveté et de simplicité d'esprit, en la comparant - à son détriment - à l'oratorio Le Désert (Félicien David, 1844), qui venait de faire fureur en vertu de son tiède exotisme.

Cet échec consomma la rupture entre César et son père, tournure des événements on ne peut plus favorable, puisqu'elle inaugura la maturation de l'indépendance chez le jeune homme de vingt-quatre ans, ainsi que cette longue évolution artistique qui devait faire de lui le premier compositeur français de son temps.
En 1860, Franck publia une version révisée de Ruth, qui tenait pleinement toutes les promesses de la première. La création, le 15 octobre 1871 au Cirque des Champs-Elysées à Paris, fut acclamée comme une "révélation" et la composition fut élevée au rang de "chef d'œuvre incontesté". Une réduction pour piano, mise au point par le compositeur lui-même, fut publiée en 1869 chez Hartmann à Paris, et la partition d'orchestre, posthume, parut en 1899 chez Heugel, à Paris également.

L'interprétation de Ruth requiert deux sopranos, une mezzo-soprano, un ténor et un baryton-basse, et un orchestre composé, en plus des cordes, de deux flûtes, deux hautbois dont l'un joue le cor anglais, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, trois trombones, tuba (mais pas de trompette !), timbales, cymbales, triangle et harpe. Voici le thème des différents mouvements de l’œuvre de Franck :
Première partie
N°1 Introduction (ouverture) pour l’orchestre seul.
N°2 Chœur de Moabites : Les Moabites plaignent Noémi de ses malheurs, et évoquent son intention de retourner à Bethléem.
N°3 Trio : Orpha et Ruth demandent de l’accompagner mais Noémi veut les en dissuader.
N°4 Marche et chœurs : les Moabites commentent la douleur de la séparation.
N°5 Strophes : Noémi insiste pour que ses belles-filles restent à Moab.
N°6 Récitatif et air : Ruth décide quand même de l’accompagner et Noémi finit par accepter.
N°7 Chœur : Elles s’en vont.
N°8 Chœur et strophes : Arrivée de Noémi et Ruth à Bethléem où elles sont accueillies chaleureusement.
Deuxième partie
N°9 Chœur des moissonneurs : A Bethléem, les moissonneurs chantent en travaillant.
N°10 Récitatif et duo : Ruth est venue glaner dans le champ. Booz la prend en pitié et l’encourage à continuer.
N°11 Le chant du crépuscule : le soir tombe et les moissonneurs vont se coucher.
Troisième partie
N°12 Récitatif et duo : Booz se réveille dans la nuit et découvre Ruth couchée à ses pieds. Il est prêt à l’épouser mais il lui explique qu’un autre est son plus proche parent : « S’il vous dit non, je vous dis oui ! »
N°13 Récit et air : Ruth rend compte de sa nuit à Noémi.
N°14 Strophes et chœur : On apprend que Phal a renoncé à son droit de rachat et que Ruth va épouser Booz.
N°15 Conclusion prophétique : Booz annonce son mariage et prophétise une postérité glorieuse.

Une œuvre rarement jouée.
Le seul enregistrement disponible commercialement (depuis avril 2013) est celui de l'orchestre d'Orsay, et le matériel d'orchestre n'est pas en vente, bien que toute l'œuvre de Franck soit en France dans le domaine public depuis 1955. On trouve cependant le conducteur (full score) chez un éditeur allemand et les parties de chant (solistes et chœurs) (vocal parts) avec accompagnement de piano sont en libre téléchargement1 sur internet chez IMSLP. L'orchestre symphonique du campus d'Orsay a donc réalisé son propre matériel d'orchestre, en corrigeant plusieurs erreurs2 trouvées sur le conducteur original de 1899, et en indiquant les principaux coups d'archet.
Vous pouvez télécharger et utiliser gratuitement les parties séparées d'orchestre (orchestra parts) réalisées bénévolement par les membres de l'O.S.C.O. sous les conditions suivantes :
- Il est interdit de proposer ces partitions à la vente ou à la location, ou de les mettre en ligne sur un site web ;
- pour toute exécution publique, le programme mis à la disposition du public devra comporter la phrase suivante "Les partitions d'orchestre ont été réalisées par l'Orchestre Symphonique du Campus d'Orsay et sont disponibles sur son site web http://osco.free.fr".
En téléchargeant ces parties d'orchestre, vous vous engagez explicitement à respecter ces conditions
.

Si en plus vous souhaitez faire un don à l'orchestre (voir les coordonnées ici), vous bénéficierez de notre reconnaissance et de notre considération ;-)

1 Certaines personnes prétendent que l'éditeur Heugel, racheté en 1980 par Leduc, possède encore des droits sur cette partition. On parle de "droits de poinçon" et autres billevesées qui n'existent pas dans le code de la propriété intellectuelle. Ne vous laissez pas impressionner, personne ne peut vous interdire de photocopier et utiliser ces partitions (y compris en concert), ni réclamer aucune rémunération pour leur utilisation. En revanche, si vous essayez de tirer profit de ces partitions par la vente ou la location, leurs éditeurs peuvent vous poursuivre pour parasitisme.

2 Bien que ne disposant pas du manucrit, il a été possible de corriger quelques erreurs de transposition ou d'altération accidentelles évidentes. Les parties de cors de diverses tonalités ont été transcrites pour cors en fa, les changements de clarinette sib-la optimisés, et la partie d'ophicléïde confiée au tuba comme il se doit.

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